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Mercredi 8 juin, Wrotham Heath-London-Windsor-Red Hill : 162 km ![]() Le passage à Londres de d’Artagnan, qui de la langue anglaise ne connaît que trois mots : « Duke of Buckingham », est plutôt chaotique. Un premier rendez- manqué à York House, domicile du noble anglais, une chevauchée vers Windsor où celui-ci est occupé à une chasse royale, un retour vers Londres où l’on découvre qu’il manque deux des douze ferrets confiés par Anne d’Autriche, une journée à patienter qu’un orfèvre réalise des copies, un embarquement sur la Tamise à destination du port français de Saint-Valéry. Depuis leur départ de Paris, les mousquetaires de Raid&Partage savent que c’est à Londres qu’ils creuseront l’écart sur leurs devanciers. John, Yannick et Yves s’élancent donc de Wrotham Heath, ce mercredi 8 juin, avec détermination. Mais les escarpements des North Downs et la première averse de la journée s’unissent pour leur rappeler que l’affaire n’est pas dans le sac.
En 1625, avant d’être ravagé par la peste et le feu, Londres était la plus grande ville du monde. Quatre siècles plus tard, la capitale anglaise est une mégalopole vers laquelle convergent des dizaines, des centaines peut-être, de voies rapides. Autant dire que s’y déplacer à vélo y est un sport de combat ; gymkhana, sprint, équilibre…On zigzague, on appuie fort sur les pédales pour prendre un peu d’avance au feu et on serre les fesses. John, en son pays, donne le ton. Il insulte en français les automobilistes hostiles et remercie en anglais ceux qui sont plus soucieux de la survie des cyclistes. A Lewisham, banlieue sud, une vieille dame encore blonde accroche malencontreusement de sa canne la jambe de Yves, heureusement pied à terre. Milady de Winter ? Le groupe progresse vers le centre, ralenti par des feux toujours rouges. « Le cardinal doit avoir pris le contrôle du PC routier » rigole John. Elephant and Castle, le London Bridge, les rives de la Tamise, le but est proche : entre le Strand et Victoria Embankment, au fond d’un jardin public, une porte de pierre ouvragée qui jadis donnait accès au fleuve, le dernier vestige de York House, résidence londonienne du duc de Buckingham. A l’instant précis, où le trio y parvient s’élève les accents d’un Brass Band qui joue une marche triomphale. C’est trop.
Mais il déjà temps de repartir vers la prochaine destination : le château de Windsor, 60 km à l’ouest de Londres, toujours au beau milieu d’une grande densité urbaine. Yannick épuisé, abandonne et grimpe dans le camping-car. Fred nous avoue que c’est la première fois qu’il conduit ce type de véhicule. Et la première fois aussi qu’il circule en voiture dans Londres… John et Yves, les deux derniers mousquetaires en course, poursuivent dans Londres. Passage par Trafalgar Square. Circulation inextricable. Deuxième puis troisième orage. Crevaison de John. Vent contraire. La progression est lente.
En 2 h 30, les hauts remparts de Windsor sont enfin en vue. C’est là que John et Yves récupèrent leurs ferrets de la reine : un bijou de pacotille acheté dans un kitchissime magasin de souvenirs. Au bout de deux jours et demi d’effort, sa valeur est inestimable.
Mais il est déjà temps de remonter en selle. C’est le chemin du retour qui s’ouvre. On s’extrait de Londres à l’heure où les banlieusards retournent chez eux, pressés. Nouvelles frayeurs. Peu à peu, la campagne du Surrey impose ses paysages sous un quatrième orage. A nouveau, le relief s’accentue. John et Yves emprunte les routes sur lesquelles se disputera l’épreuve cycliste des prochains Jeux Olympiques. Malgré leur entraînement intensif, le duo estime qu’il ne sera pas prêt. Il évite Box Hill, une côte à plus de 15% qui devrait faire la différence entre les compétiteurs de l’été 2012. La nuit tombe et une question revient : où passer la nuit. Fred et Yannick, en éclaireurs dans le camping car, cherchent un camping, des chambres dans un pub. Au téléphone, à Calais, les copains se démènent. En vain. Quand John se souvient que sa sœur Maggy et son beau-frère, Ado, vivent à quelques kilomètres. Encore quelques tours de roues. Et le Sweet Home accueille la bande.
Mercredi 8 juin 2011 , 21 h :
au troisième jour du voyage, les mousquetaires de Raid&Partage ont désormais 106 km d’avance
et toujours 386 années de retard sur d’Artagnan |

