En selle ! - 6 juin

Lundi 6 juin, Paris-Chantilly-Beauvais-Crèvecoeur-le-Grand-Amiens-Doullens : 197 km

 


 
Alexandre Dumas a semé le voyage de d’Artagnan de Paris à Londres et de Londres à Paris de dizaine d’embûches : aubergistes félons, nobliaux prompt à tirer l’épée, spadassins sans foi ni loi, agents du Cardinal récalcitrants… Mais l’on ignore par quel temps chevaucha le quatrième des Trois Mousquetaires.

Quatre siècles plus tard, l’aléa météorologique est la première des difficultés à laquelle s’affrontent les quatre cyclistes de Raid&Partage, à l’heure de s’élancer. Sur Paris et la rue Férou, (domicile d’Athos et point de départ de cette nouvelle aventure) s’abat dans cette nuit du 5 au 6 juin un orage dantesque qui zèbre le ciel, soulève des bourrasques et transforme les ruelles du 6e arrondissement en torrent

Impossible de prendre le départ à l’heure dite : minuit. Il faut attendre 2 h 30 pour qu’une petite accalmie décide Bertrand à donner le départ.
 
 
La traversée d’un Paris déserté et luisant de pluie est féérique. On franchit le Pont Neuf, qui, comme son nom ne l’indique pas, est le plus vieux de Paris et sur lequel les Mousquetaires ont peut être cherché querelle aux gardes du Cardinal. Devant l’église Saint-Eustache, une patrouille de police : « Vous allez où ? Londres ? Bravo ! On est avec vous ! »     
 
                                                                  
 
Le carrefour entre le boulevard de la Chapelle et la rue du faubourg Saint-Denis, où se situait jadis la barrière saint-Denis est atteint alors que les 3 h sont passées. A peine partis, les Mousquetaires de Raid&Partage ont déjà une heure de retard sur ceux de Dumas…
 
 
La sortie de la capitale est tortueuse : difficile de s’extraire de l’emprise du périphérique et des nœuds autoroutiers. Yves garde l’œil sur le GPS. Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles, Villiers-le-Bel… Malgré la volonté de filer sans tarder à travers ces riantes banlieues, la progression est lente. Le long de la RN1, le chantier du tramway, les mares laissées par les trombes d’eau, la chaussée défoncée ralentissent le groupe.
 
Soudain, nuit noire. L’agglomération parisienne s’efface. Dans cette obscurité nouvelle, Bertrand ne peut éviter un trou piégeux. Plus de peur que de mal : deux pneus crevés en même temps et une double réparation difficile à la lueur des lampes frontales.
 
5 h 30, point du jour : le soleil se lève sur le château de Chantilly et ses écuries royales. Les quatre cyclistes accusent toujours du retard sur les cavaliers.
 
 
Direction Beauvais, 35 km plus loin et un petit déjeuner vite avalé. La pluie est de retour. Motivation pour appuyer plus fort sur les pédales
 
 
Crèvecœur-le-Grand et son château sont vite dépassés. Mais la fatigue se fait sentir, après plus de 24 heures sans sommeil et alors que la pluie perce les os. On décide de planter le bivouac dans la très jolie vallée de la Celle. Deux heures d’arrêt, une plâtrée de spaghetti préparé par Franck, notre aubergiste roulant qui tient le volant du camping car d’une main de maître. Puis la sieste : personne ne trouve vraiment le sommeil, même si chacun affirme avoir entendu son voisin de tente ronfler.
  
 

Nouveau départ, vers Amiens. Une première chute, résultat d’une « touchette » malencontreuse entre la roue arrière de  Bertrand et la roue avant de John. Rien de grave. Le groupe avance désormais à bon train. On frôle souvent les 30 km/h, le retard accumulé à Paris s’efface tandis que les jambes s’alourdissent après le seuil des 150 km. Yannick serre les dents, en bon adepte des arts martiaux. Le vélo aussi est un sport de combat.

La cathédrale gothique d’Amiens se dresse bientôt et le quartier Saint-Leu se coule au bord de la Somme. Un triste PMU, au nom du Lys d’or. Dans les trois Mousquetaires, Dumas y fait dormir d’Artagnan. A partir de là, nous reprenons de l’avance sur le cadet de Gascogne.

 
 

Longs et harassants faux plats jusqu’à Doullens, où nous passerons la nuit dans un collège dont la principale, amie de Raid&Partage, nous ouvre les portes. Il est 18 h, 197 kilomètres au compteur.


Doullens, 7 juin 2011, 18 h :
les mousquetaires de Raid&partage ont 36 km d’avance et 386 années de retard sur d’Artagnan.