Ménager sa monture - 7 juin

Mardi 7 juin, Doullens-Saint-Omer-Calais-Folkestone-Wrotham Heath : 197 km

Pour gagner sa course contre la montre (et ramener les ferrets que la reine Anne d’Autriche a confié au duc de Buckingham en un imprudent gage d’amitié), d’Artagnan, messager express entre Paris et Londres puis entre Londres et Paris, épuisa sous lui des dizaines de chevaux, changés tous les 20 km à chaque relais de poste.

Quatre siècles plus tard, les mousquetaires de Raid&Partage qui tentent de battre ce vieux record n’ont à leur disposition qu’une seule et précieuse monture : leur bicyclette, qui fait  donc l’objet des toutes premières attentions du petit matin. Quelques bars d’air, un coup de chiffon, trois gouttes d’huile et le groupe s’élance de Doullens ce matin du mardi 7 juin.

L’avance gagnée la veille sur d’Artagnan est hélas compromise. En 1625, Alexandre Dumas fait passer la nuit à Amiens au mousquetaire arrivé de Paris. Et le fait déguerpir de la capitale picarde à 4 h du matin. Bertrand, John, Yannick et Yves démarrent cette deuxième journée 36 km plus au nord, mais ils se mettent en selle à 7 h 45…

La première côte est une sérieuse mise en bouche après un copieux petit déjeuner. On grimpe en danseuse. Bertrand, en verve, veille à ce que le groupe progresse à bonne vitesse sans consommer trop d’énergie : « attention les gars, je surveille les pignons ! Pas question de tirer trop grand, vous allez vous mettre dans le lactique. »  Autrement dit, pour les profanes du sport cycliste, pour aller loin, mieux vaut tourner les jambes en souplesse.

Le terrain de jeu de cette matinée se prête tout particulièrement à l’exercice. Les départements de la Somme et du Pas-de-Calais sont barrés de rivières qui courent d’est en ouest : Canche, Ternoise, Lys… A chaque fois, une descente rapide au fond la vallée et une rude remontée à suivre pour reprendre le pied sur le plateau. La cadence est pourtant soutenue pour rallier Frévent, puis Saint-Pol, Fruges ensuite, Thérouane et Saint-Omer enfin. Là, anicroche avec un automobiliste qui veut pour lui toute la route. Un envoyé du cardinal de Richelieu ?
 
Le groupe et Franck, toujours au volant du camping car suiveur, filent vers Ardres, Guînes et ses routes bien connues. « On dirait nos sorties d’entraînement du dimanche, plaisante Yves, sauf qu’on va plus vite ».
 
A ce rythme, Coquelles arrive vite en vue, vers 13 h, déjà 122 km au compteur. Les collègues et amis d’Eurotunnel et de Raid&Partage sont là pour les encouragements réconfortants. Franck cède le volant à Fred. Leur aide est indispensable au succès de l’aventure.

                             
 
 
 
Vite, on embarque dans une Navette, avantage déterminant : d’Artagnan avait du attendre la tombée du jour pour trouver un bateau et la nuit pour traversée le Channel. Il ne nous faudra que 35 minutes et avec le décalage horaire, nous sommes arrivés avant d’être partis. Stéphane et Didier nous ont rejoints pour les 70 prochains kilomètres. Ils ne seront pas de trop.
 
 
Car le vent s’est levé sur le Kent avec le soleil, pour la première fois depuis le départ de Paris. Le jardin de l’Angleterre est splendide sous cette lumière de printemps. Et le relief plus abrupt que l’on n’imagine. John est aux anges. Les mousquetaires modernes ont un autre avantage : l’un d’eux est britannique.
 
 
 
 
Des escarpements du Kent, en contrebas, on voit passer Ashford. Puis on plonge vers Maidstone,  traversée à l’heure des embouteillages. Le camping dans lequel nous avons prévus notre bivouac est encore à une bonne dizaine de kilomètres. Yannick souffre et reprend le dessus.
 

A l’arrivée, pur hasard, 197 Km parcourus, exactement la même distance que la veille. Après un passage au pub, c’est l’heure de la séparation. Bertrand doit rentrer en France et laisse le groupe à regret. Des quatre mousquetaires de Raid&Partage qui ont quitté Paris la veille, il ne reste dés lors que John, Yannick et Yves. Encore un avantage sur d’Artagnan et ses compagnons. En Angleterre, celui-ci était déjà seul, Athos, Portos et Aramis ayant depuis longtemps abandonné, vaincu par des blessures anciennes où les coups d’épée plus fraîchement reçus.

                                                       
 
 
Mardi 7 juin 2011 , 19 h :

au deuxième jour du voyage, les mousquetaires de Raid&Partage ont désormais 71 km d’avance
et toujours 386 années de retard sur d’Artagnan