Mission accomplie - 10 juin

Vendredi 10 juin, Saint-Valéry-sur-Somme-Neufchâtel-en-Bray-Pontoise-Paris – 216 km
 

 

La dernière étape de d’Artagnan, celle qui le reconduit à Paris après six jours de route, est avalée à un train d’enfer : de 9 h du matin où il débarque dans le petit port de pêche de Saint-Valéry à 9 h du soir à Paris, quand Monsieur de Tréville, le paternel capitaine des mousquetaires, constate son retour et son succès ; mais l’envoie sans ménagement prendre son tour de garde au Louvre, où la compagnie des Essarts à laquelle appartient désormais le jeune Gascon est en faction. « Il avait fait près de soixante lieues en douze heures » résume Alexandre Dumas. Soit près de nos 240 km. Car comme à l’aller, le cavalier n’a pas choisi le chemin le plus direct, sillonnant le Vimeu, le pays de Bray, le Vexin par des chemins de traverse, sans doute pour éviter les assauts ultimes des gardes du cardinal pour lesquels la partie est presque perdue.

 

John et Yves, les mousquetaires de Raid&Partage, sont, eux, près de la remporter. Ce vendredi 10 juin, sur d’Artagnan, ils disposent d’une confortable avance de  plus de 24 heures. Encore faut-il réussir à rallier Paris, au terme une étape marathon.
 

 

A 8 h, dans les brumes qui couvrent encore la baie de Somme, les deux cyclistes s’élancent. Ils ont retrouvé le soutien de Yannick, qui après 36 heures de récupération, se sent à nouveau capable de pédaler : il ne va pas être déçu.
 
Cap au sud : à trois, on gagne d’abord Blangy, en Seine-Maritime entre la verdoyante vallée de la Bresle et la millénaire forêt d’Eu. Sud encore vers Neufchâtel-en-Bray. Dans la vertigineuse descente vers le bourg fameux pour son fromage, on bat le record de vitesse des cinq jours : 68 km/h, ce qui, sur une bicyclette de 9 kg, fait son effet. Là, les trois hommes s’accordent une première collation, en prévision d’une longue journée. Le temps, aussi, de laisser passer une première averse diluvienne. Un cafetier normand se veut rassurant : « ça va s’améliorer, le mauvais temps file vers l’est. » Globalement, notre direction. Il s’agit donc maintenant de filer moins vite que lui. Chance, le relief de ce pays de boccages réserve aussi de belles grimpettes.

 

Mais pour l’instant, sur les traces du prudent d’Artagnan, toujours au sud, vers Forges-les-Eaux, la bien nommée : à peine la ville dépassée et la direction de Lyons-la-Forêt prise, des trombes s’abattent sur la route, le vent balaie tout, la pluie frappe à l’horizontale. En quelques secondes, les cyclistes sont des soupes, réfugiés, grelottant, à l’arrière d’un camion à l’arrêt en rase campagne. Pas d’abri en vue. Le chauffeur a l’élégance d’attendre que les gouttes s’espacent pour se remettre en marche. Transis, John, Yannick et Yves gagnent finalement Lyons. Il leur faudra plus d’une heure pour se sécher, se réchauffer, se sustenter avant de reprendre la route.
 
 
 
 
Au départ, Pan ! Un coup de mousquet ? Non, une crevaison pétaradante pour Yves dont la chambre à air a volé en éclat. On repense à la descente à 68 km/h, un peu plus tôt…
 

 

Cette fois, le soleil nous accompagne vers Etrépagny et Gisors, nous sommes dans l’Eure, puis dans l’Oise : « ça sent l’écurie », se dit-on en souriant, manière de dire que l’arrivée approche (et que trois hommes qui pédalent depuis cinq jours, ça ne fleure pas la rose). Chars et Marines, villages ruraux du Val d’Oise. Dernière halte : Dominique, un ami parisien de Raid&Partage est venu de son domicile, à 45 km, à notre rencontre. Il sera notre pilote pour l’entrée dans Paris.
 

 

Les quatre mousquetaires se dirigent vers Pontoise, Pierrelaye, Montigny-lès-Cormeilles. D’une voiture d’où hurle du rap, on les interroge. Incrédules : « vous êtes partis de Paris lundi,  vous êtes allé à Londres et déjà de retour ??? » Casquettes basses.

 

Les boucles de la Seine sont franchies une première fois par le pont de Bezons. Il fait nuit. Une deuxième fois à Courbevoie. Bientôt Paris : avenue des Ternes, rue du Faubourg-Saint-Honoré, rue Saint-Honoré, place du Carrousel.

 

Le Louvre, enfin. Il est 23 h 59. L’accès aux pyramides ferme. Brève négociation avec le gardien qui, admiratif, laisse le passage aux mousquetaires modernes (Dominique, John, Yannick et Yves) et à Frédéric qui les a escorté avec le camping car depuis trois jours. Pensées pour Bertrand, Franck, Jacky, Didier et Stéphane qui ont fait un bout du long et difficultueux chemin. Les hommes, émus, se tombent dans les bras : John et Yves ont mis précisément 5 jours, 21 heures et 14 minutes pour relever le défi, un aller-retour Paris-Londres-Paris plus vite que d’Artagnan qui, lui, avait eu besoin de 6 jours et 20 heures.
 

 

Mais l’exploit est ailleurs : plus de 5000 € récoltés en route pour aider Opale Autisme, l’association au profit de laquelle ce pari un peu fou a été lancé. Et gagné.
 
 

 

Vendredi 10 juin 2011 , 23 h 59 :
au cinquième jour de leur voyage, les mousquetaires de Raid&Partage battent le record de d'Artagnan
de 22 heures et 46 minutes